Ce que j'en pense : le "Da Vinci code"

Je pense qu'il s'agit d'un cas de "littérature-réalité" au même titre que "loft story" était de la "télé-réalité".
Rien à voir avec, au hasard, Zola qui fait du reportage, Céline qui donne son point de vue, Camus qui plonge dans l'âme ou Bukowski qui boit. Ici, Dan Brown nous refait le bon vieux coup du canada dry et écrit un chouette bouquin plein de suspense.
Mais, apparemment, même les lecteurs ne distinguent plus la réalité du reste. Evidemment, c'est moins facile qu'à la Starac. :-) Le problème, ce n'est donc pas le livre mais les gens qui le prennent au sérieux et........
....J'arrête là parce que cette prétendue polémique, quelle juteuse affaire!!!
le premier vrai scoop du millénaire : Jesus couchait avec Marie-Madeleine.
Et hop, une histoire bien fichue autour et tout le monde en parle (sic). Jackpot.
Et maintenant, le film....Re-jackpot. Planétaire.
Je trouve effectivement que l'on manipule la foule de plus en plus aisément.
J'y reviendrai...

# Posté le dimanche 14 mai 2006 16:18

Sat venu au monde (2)

Sat ne sait toujours pas faire la différence entre un homme qui parle et une radio portative.



L'homme cherchait la lumière. "Mais il fait clair" dit Sat. Alors, l'homme sanglota.



Sat joue dans son caca. Il crée un homme, un cheval et un melon. Ensuite, il pisse dessus. Seul l'homme fond.



Sat attend la mort comme vous le printemps : une autre saison.



Il arrive que Sat se masturbe le soir. Ensuite, il prend une anthologie pour mélanger les mots de ses auteurs préférés à son stupre et les coller sur son corps. Ainsi paré, il s'endort et rêve qu'il entre dans un cheval pour demander s'il peut vivre encore à moins que ses songes le tuent. Alors, le cheval se transforme en soleil jaune et il se retrouve sur un de ses rayons pour faire un grand voyage en direction de lui-même. Le rayon, évitant les zones d'ombre, le dépose au pied d'une colline bleue. Et, commencant à l'escalader, il se roule dans les flots, nageant en direction de sa personne. Une vague l'emporte et il se retrouve au sommet d'une tasse de café noir. Une femme aux épaules rondes et à la bouche charnue lui prend la main et part. Alors, Sat s'assied et pleure sa paume perdue. Il s'enfonce dans la tasse et se couche dans la chaleur. Il fond lentement vers son état pur. Sat est heureux, il sait qu'il va se voir et il remercie le cheval, le soleil, la colline, la vague, la tasse et la jeune fille. Il rit en montrant ses dents alignées comme pour un salut au drapeau. Mais au bout, il n'y a qu'un miroir et Sat n'aperçoit que son espoir déçu. Il est temps d'aller déjeuner.



Chaque fois que l'on écrase une araignée, Sat ferme les yeux pour ne pas l'entendre crier.



Sat marche sur le chemin, avançant dans la direction inverse de ses nuages. Le premier qu'il rencontre lui parle d'égalité, d'amour. Sat écoute l'homme, hoche la tête et continue. Le temps est vert-pâle comme une coquille de noix qu'il avait mise en couleurs. Le second harangue les cailloux dans une folie constructrice. Sat sourit et continue. Les automobiles se reposent tout le long. Le troisième est femme, elle propose bien des situations à Sat qui, prenant peur, accélère le pas. Au carrefour suivant, un homme silencieux hésite entre deux voies, n'osant regarder le petit garçon. Sat continue tout en lutinant les libellules qui l'accompagnent. Pratiquement au bout du chemin, le cinquième est assis sur un petit muret, les yeux au ciel. Sat comprend qu'il n'y a qu'un homme sur la route. Alors, il pousse la porte du terminus et disparaît dans un éclat de rire.



Sat demanda l'heure à une machine qui ne vieillissait pas.



L'homme jouait avec son cerveau. Le palpant, triturant, gonflant, il voulait l'arrimer sur le cours du siècle. Il posait des questions et la boule globuleuse, tressautant, ouvrait une de ses portes. Les mots s'y entassaient comme autant de joyaux. Sat arrive et s'assied discrètement sur un fauteuil de livres d'images. Mais l'homme le chasse, il veut être seul avec son savoir. Alors, Sat sort de la pièce sombre et va voir les brins d'herbe gémir de plaisir sous les morsures du soleil.

# Posté le vendredi 12 mai 2006 12:16

Premier conte de mon côté de l'écran.

Fin fond de la Belgique profonde. Un patelin du bout de la route. Bled-sur-Rien ou Growez, quelque chose dans le genre. Le voile couleur grisaille d'un jeudi soir venteux qui recouvre tout insidieusement. Un temps qui ne fait ni chaud ni froid. Comme une absence de temps. Un temps belge avec moins que personne dans l'enchevêtrement de ses petites rues provinciales. Un bistrot qui se la joue foyer culturel avec de jolis sièges rouges en velours dans l'arrière-salle. Carrément pompeux, même pas pompier.
Derrière le bar, un phoque. Un type qui se déplace comme un phoque. Tortillements. Qui parle comme un phoque. Couinements. Qui regarde comme un phoque. Guindé comme un phoque. Moustachu comme un phoque. Un phoque de cirque. Un phoque savant. L'animateur du foyer culturel.
Ce soir, il y a eu spectacle. Un jeune gars du coin qui se lance et se voit déjà en haut de l'affiche, chabadabada... Les growésiens et les growésiennes n'ont pas jugé utile de se déplacer, ils avaient rendez-vous avec Navarro. Dès lors, le public fut essentiellement constitué de ses condisciples, issus de la même école à chabadabader. Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont les acteurs, ils sont le Théâtre. Celui qui va se faire demain avec eux, par eux, entre eux. Tous terriblement conscients de l'importance de leur trajectoire personnelle dans le firmament artistique.
Le metteur en scène s'appelle Jean-Jacques Je, dit J-J Je. Et Je se demande ce qu'il fait là à cet endroit-là à ce moment-là. Pour lui, le théâtre n'est qu'un moyen d'action sur le réel. Parmi d'autres. Et là, Jean-Jacques n'arrive pas à se défaire de la sensation qu'il est entouré de branleurs. Un drôle de type ce Je. Paradoxal.
A cette heure-ci, les fenêtres du troquet culturel donnent dans le monochrome. Noir c'est noir. Noire comme la nuit dans le cul de Growez. J-J Je déambule de table en table, faisant semblant de les écouter pour mieux les regarder, les dévisager, les visionner, les stocker dans sa réserve de vies humaines effleurées. Je éprouve concrêtement la substance des infinies variations sur le thème du comédien inspiré. Cette exentricité recherchée. Cette originalité si commune. Et tous légèrement déjantés bien sûr, mais déjantés "culturellement". Avec convenance, comme convenu. Je se rend compte qu'il s'emmerde franchement.
Île est nerveuse. Pas parce que cet abruti de conducteur lorgne sur ses jambes. Ca, elle s'en fout. Qu'il essaye pour voir ! Mais Île est partie trop tard. Comme d'habitude. Comme toujours... Sera-t-il encore là ? Île le veut et se sent prête à l'arracher à n'importe quelle rivale. Une force inconnue surgie en elle.
-On arrive à Growez, mademoiselle, où est-ce que je vous dépose ?
-Au foyer culturel.
-Je peux vous offrir un verre ?
-Non, on m'attend, merci.
-...
-
Île fait du stop en robe moulante et en escarpins et elle va plus vite que le train. Ses mollets délicieusement galbés trottinent dans la tête du chauffeur, Gilbert Carpont, 43 ans, fonctionnaire, ascenseur de droite, onzième étage, le bureau à côté de la machine à café (une chance) mariè à Gilberte Carpand, 3 enfants, une maison payable en 25 ans (reste 17), un abonnement au cable, une caravane en Espagne. Gilbert Carpont qui regrette d'être un honnête homme, qui regrette de ne pas paraître 15 ans plus jeune, qui regrette de ne pas avoir une plus belle gueule, moins de ventre, plus de pognon...enfin n'importe quoi qui donnerait envie à cette petite salope de lui sucer la bite, merde ça le changerait de mèmère qui lui presse le chicon comme elle s'occupe des couches-culottes. Honnête mais salace dans sa tête le Gilbert !
La portière de la voiture claque. Les honnêtes regrets s'éloignent. Île tire sur sa robe, passe la main dans ses cheveux noirs, frissonne des épaules pour se donner du courage et se décide à pénétrer dans l'établissement.
Au cinéma, un éclair se serait dessiné dans l'encadrement de la porte pour la nimber d'une aura électrique. Mais c'est encore mieux que cela. Île n'a pas besoin d'effets spéciaux pour électriser l'atmosphère. D'ailleurs, tous tournent la tête vers elle à son entrée mais elle ne voit que Je qui sent ses jambes flageoler au moment où leurs regards se croisent. Île a un sourire qui la transforme en soleil.
La vie de J-J Je se met à tanguer. Il avait le nez dans le corsage d'une pulpeuse jeune "artiste de la famille" qu'il s'apprétait à séduire avant la fin de la nuit. Avec plaisir mais sans amour. L'excitation sans l'émotion. L'arrivée d'Île le bouleverse. Elle s'approche de Je sans faire attention à ceux qui les entourent. Elle a des manières brusques, le geste en saccade, ta, tac, tac, comme un chat sauvage, une façon d'être là, présente, de regarder à l'essentiel de vous. La silhouette élançée d'Île. La bouche sensuelle d'Île. Et puis l'odeur d'Île, mélange de forêt d'Ardenne et de désert de Kabylie, d'écorce rugueuse et de sable fluide, touffue et chaude, suave, prégnante, unique. Un parfum inoubliable. Île est de ces filles, rares, qui sont belles sans avoir forcément voulu l'être, qui sont belles d'instinct.
-J'avais peur d'être en retard.
-Tu arrives juste à temps.
-...
-Tu prends un verre avec moi ?
-Une téquila...enfin au moins une...
J-J Je entraine la jeune femme vers le bar, à l'écart. Il la veut pour lui tout seul. Vaincu d'avance, le corsage, il y a peu convoité se penche vers un décolleté situé à sa droite pour lui lancer une phrase assassine concernant la nouvelle arrivante.
Sur de hauts tabourets,inclinés l'un vers l'autre, leurs genoux se frolant. Le phoque entre en scène. Tortillements. Couinements. Deux téquilas. Couinements. Tortillements. Cul sec. Deux autres s'il vous plait. Tortillements. Couinements. Merci. Tortillements. Enfin seuls ! Je n'a pas encore apprivoisé le silence, il se croit obligé d'y accrocher des mots. Alors, il se lance dans une longue explication sur la représentation qui vient d'avoir lieu. Je a le verbe facile, le sens de la formule. Île se laisse bercer par le son de sa voix, regardant ses lèvres qui papillonnent (quand va-t-il m'embrasser?). Même J-J Je, le metteur en scène plein de promesse n'écoute plus ce qu'il dit, il a branché la parole automatique. Des phrases toutes faites qui sortent toutes seules. Un fond sonore rassurant.
Je se souvient. Il l'a croisée, il y a deux jours, sur la place de la ville où ils habitent, lui a transmis l'info pour la soirée en pensant : "Elle ne viendra jamais. Pourquoi viendrait-elle? Je n'est même pas certain qu'Île s'intéresse au théâtre. Je n'est même pas certain que le théâtre soit intéressant.
Et voilà, elle est venue. En stop i Et le spectacle est terminé depuis plus d'une demi-heure. Les intentions d'Île sont claires. Cette fille n'a pas de temps à perdre à se protéger avec une stratégie de séduction tarabiscotée. Elle s'offre tout simplement, au vu et au su de tous, au risque du refus.
Soit Île a du cran, soit elle est inconsciente ; probablement un peu des deux. Jean-Jacques trouve son attitude magnifique. Cela fait quelques mois qu'elle traverse ses pensées sans qu'il ne sache trop pourquoi. Mais ce soir, Île se découpe comme une évidence dans l'existence de Je qui lui prend les deux mains, les presse dans les siennes. La jeune femme est contente, elle rayonne de plus en plus. Île possède sa propre pureté qui semble inaltérable et est la seule personne concrête et réelle que Je aie rencontré depuis longtemps. Je va avoir 30 ans. A cet instant précis, il sait qu'il vient de rencontrer la femme qui lui donnera envie d'avoir des enfants.
Île a l'impression d'avoir voulu Je depuis au moins toujours, depuis la première fois qu'elle l'a vu, il y a longtemps en tout cas. Elle est venue retrouver l'homme de sa vie et jamais elle n'a imaginé que Je ne puisse pas l'aimer.
Ils sont pressés maintenant. Je va chercher sa veste, serre la nageoire glissante du phoque, salue rapidement l'assemblée. Île l'attend dehors.
Ils s'embrassent sur le parking du foyer culturel. Un chapître important qui démarre sans prévenir. Ils sont heureux, sereins, prêts à tout.
Il s'est passé quelque chose à Growez !
Comme quoi...

# Posté le jeudi 11 mai 2006 07:04

Modifié le jeudi 11 mai 2006 17:44

Sat venu au monde (1)

Sat est un petit garçon, si petit qu'un mot suffit pour le cacher



Lorsque Sat vit que sa bouche était véritablement sa bouche et non un de ces multiples orifices qui parcourt les humains, il fut étonné. Et décida de garder sa découverte pour lui.



Le grand-père de Sat était visqueux et racontait des histoires de guerre. Sat décida de ne jamais grandir.



Sat comprit vite qu'il ne rattraperait jamais le temps, il s'assit sur un banc et l'attendit au tournant.



Sat aperçut l'homme-grenouille sur le rebord de son verre. "Crois" fit-il avant de se noyer dans la marée humaine.



Lorsque Sat entra dans la pièce, il ne vit que des hommes-téléphones ambulants, se reposant sur leurs paroles, vivant sur leurs voix. Une madame vint lui souhaiter la bienvenue et lui offrir un coktail vert-mauve venu de l'épicerie d'en face. Sat bu et rencontra un piano rempli de notes de musique. Sat, innocemment, les libéra et elles se cognèrent aux gens. Saisissant un sol, il s'envola au plafond et resta là, tout bête, bien malheureux de s'être encore fait remarquer.



Sat joue avec un cube cubique. Il grimpe dessus, le caresse, l'écoute, lui apprend des chansons. Une petite fille arrive avec un cube tout neuf, brillant comme de la gélatine. "Mon cube est plus beau que le tien" rit-elle. "Le mien a seulement plus de faces" répond Sat gravement. Et, ayant décidé que son cube est un avion, il s'envole laissant la petite fille éberluée.



Sat ouvre le livre des vérités anciennes et à venir. Il en parcourt les pages à trotinette ne s'arrétant jamais pour s'éponger le front. Arrivé au sommet de l'ouvrage fait de chair musclée et de sang sèché, il s'assied, songeur. "Ainsi, ce monde ne serait pas fait pour moi" se dit-il en nettoyant son engin de course. Et il retourne jouer aux billes contre le mur.



Sat aime la nuit. Profitant de l'inattention de l'araignée couveuse, il grimpe sur l'ombre d'un lampadaire acheté au supermarché et chevauche vers l'horizon. Quelquefois, exténué, il se repose dans le lit de la rivière et s'y rassasie de son eau. Ensuite, il reprend sa monture, l'horizon ne s'étant pas rapproché. Mais, brusquement, il se retrouve sur le fil du lointain. Alors il danse, heureux, en équilibre sur son désir assouvi. Soudain, de l'autre côté, il aperçoit, de ses yeux tendus, un autre horizon tout semblable à celui qu'il a atteint. "Il y en a donc plusieurs" se dit Sat. Et il repart chaque nuit.

# Posté le jeudi 11 mai 2006 05:00

dis, mais....

...Est-ce le bon jour pour commencer ce skyblog ? "On se met" n'aurait-il pas été plus positif, plus productif ?
L'avenir est à venir...

# Posté le mercredi 10 mai 2006 05:26